Immersion : La mise-bas de Scarlett
- Des Plaines des Bruyères

- 22 oct. 2025
- 4 min de lecture
La mise-bas est l’un des moments les plus importants — et les plus exigeants — du travail d’un éleveur canin, et en ce qui me concerne c'est le moment que je préfère dans mon activité d'éleveur, malgré le stress qui peut s'en dégager.
Derrière chaque portée se cachent des heures de préparation, de surveillance et d’intervention minutieuse, bien loin de l’image “naturelle et simple” que l’on imagine souvent.
Le 15 octobre, Scarlett a donné naissance à 11 chiots en pleine forme, entre 6h45 et 20h08. Quelques 13 heures d’efforts, de vigilance et de soins continus, où chaque geste compte : hygiène rigoureuse, contrôle de la température, pesée, assistance à la mise-bas, réanimation si nécessaire… Autant d’actions essentielles pour garantir la sécurité de la mère et la vitalité des nouveau-nés.
Ce compte rendu a pour objectif d’expliquer, de façon claire et pédagogique, le déroulement complet d’une mise-bas assistée par l’éleveur, en détaillant les différentes étapes — de la préparation à la surveillance post-natale — ainsi que le rôle technique et attentif que demande ce moment clé de la vie d’un élevage.

Signes annonciateurs & préparation
- Baisse de température (généralement sous 37°C) 12–24 h avant : indicateur hormonal qui correspond à une chute de progestérone) = travail imminent.
- Comportement : halètements, grattage, recherche de calme.
Hygiène & environnement
- Alèses changées après chaque naissance : on retire le linge souillé immédiatement pour garder la caisse propre, sèche et chaude.
- Désinfection systématique des mains : avant et après chaque manipulation (solution hydroalcoolique et/ou lavage des mains antispeptique).
- Pourquoi je ne porte pas de gants en mise-bas
les gants diminuent la sensibilité tactile indispensable pour évaluer une présentation, repérer un bourrelet, saisir une patte sans traumatisme ;
le latex/nitrile peut glisser et augmenter le risque d’irritation des muqueuses si l’on tire mal ;
des mains propres, courtes ongles, soigneusement désinfectées offrent le meilleur compromis sécurité/technicité.
⚠️ Exceptions où je mets des gants : suspicion d’infection, manipulation prolongée intra-vaginale, plaie visible, produits chimiques.
- Température : nid à ~28–30 °C pour les chiots ; ambiant de la pièce ~25–26 °C, sans courants d’air. Les chiots sont incapables de réguler leur température corporelles durant leurs premiers jours de vie. Il est donc indispensable de leur offrir un espace chauffé.

Naissances
- Surveillance de la présentation (tête/siege, membres) et du rythme des contractions.
- Aide à l’expulsion si besoin : traction douce et synchronisée avec la contraction,.
- Rupture de poche si la mère ne le fait pas, libération des voies aériennes.
- Réanimation si nécessaire :
aspiration du mucus (bouche/nez), frictions vigoureuses, stimulation réflexe
- Séchage complet (prévention de l’hypothermie) puis mise au chaud.
- Vérification malformations (membres, queue, fente palatine, etc)
- Pesée à la naissance (au gramme près) + identification provisoire (collier/couleur) + note sur la fiche de mise-bas (heure, poids, sexe, particularités).
- Mise rapide à la tétée pour le colostrum (immunité).
- Changement d’alèse avant la naissance suivante.

Gestion du timing : C'est pour moi la chose la plus compliquée durant une mise bas que d'estimer le bon timing pour prendre une décision d'assistance vétérinaire ou non, suivant le temps passé entre deux chiots, les contractions efficaces ou non... Il n'y a vraiment pas de situation type, chaque mise bas, et chaque naissances étant différentes. Il faut avoir du bon sens, et savoir observer tous les signes qui peuvent nous pousser à consulter le vétérinaire.
Suivi de la mère pendant le déroulé
- Hydratation entre les naissances, pauses courtes supervisées.
- Comptage des placentas (autant que de chiots, ou note des manquants, car il y'a un gros risque septique en cas de rétention de placenta).
- Surveillance : saignements, fatigue, température, comportement maternel.
Après le dernier
- Nettoyage complet de la caisse, remplacement intégral du linge.
- Repas énergétique pour la mère + eau fraîche ; environnement calme.
Et ensuite ?
- Pesée de chaque chiot à heure fixe et quotidiennement plusieurs jours suivant la naissance. Ici, on le fait tous les matins et chaque poids est scrupulusement inscrit dans le dossier de la portée. A noter qu'une petite perte de poids et possible et sanas gravité dans les 24h suivant la mise-bas.
- Contrôle de la succion et rotation aux mamelles si besoin (éviter les « laissés-pour-compte »).
- Hygiène : alèses changées dès souillure, mains désinfectées à chaque prise en charge.
- Observation de la mère : appétit, température, écoulements, confort, comportement maternel.
La mise-bas de Scarlett a été longue mais s’est déroulée sans aucun incident. Elle est restée très calme, efficace et réceptive tout au long du processus, et les 11 chiots sont nés viables, vigoureux et bien portants.
Il faut toutefois rappeler qu’aucune mise-bas ne se ressemble. Chacune a ses spécificités, son rythme et parfois ses imprévus. Certaines chiennes peuvent présenter des contractions inefficaces ou un épuisement utérin après plusieurs chiots ; d’autres rencontrent des présentations anormales (siège, pattes repliées) qui nécessitent une aide manuelle. On observe parfois un chiot coincé dans le canal pelvien, une rupture prématurée de la poche, ou encore des placentas retenus. D’autres complications plus rares peuvent survenir : hémorragie post-partum, manque de réflexe maternel, hypothermie néonatale, ou difficulté de tétée chez certains chiots plus faibles.
Chaque mise-bas demande donc une adaptation permanente de la part de l’éleveur, qui doit rester attentif, prêt à intervenir, et capable de reconnaître rapidement tout signe anormal. Dans le cas de Scarlett, la préparation en amont, l’observation continue et les gestes techniques réalisés au bon moment ont permis un déroulement exemplaire, malgré la durée du travail.
On ne le répètera jamais assez : être éleveur ne s'improvise pas, et chaque naissance représente TOUJOURS un risque pour la maman. Alors si vous prenez la décision de faire reproduire un jour votre chienne, faites le avec une connaissance suffisante du déroulement d'une mise bas normale, et gardez bien en tête qu'élever une portée représente un travail considérable, et une connaissance qui se doit d'être solide.



Merci pour ces beaux moments et pour toutes ces informations !!